Qui a peur de la littérature ado ?

Publié le par Ez3kiel

http://p9.storage.canalblog.com/97/14/321124/65535254.gifde Annie Rolland

Editions Thierry Magnier

ISBN : 978-2-84420-712-8 5e43afdf

Prix : 17€

 

Quatrième de couverture :

 

La littérature destinée aux adolescents effraie les adultes au point de déclencher de violents appétits de censure.

 

Que contiennent les fictions de la littérature ado qui soit à ce point ressenti comme dangereux ?

À quels dangers sont exposés les lecteurs adolescents ?

Le danger est-il réel ou fantasmé par des adultes trop inquiets et oublieux de leur propre adolescence ?

 

Annie Rolland propose une réflexion articulée à une lecture psychologique de la littérature ado. Elle défend l'idée que la volonté de censurer est moins une affaire de protection des adolescents qu'une manière de contrôler les conflits engendrés par le caractère rebelle en soi de l'adolescence.

L'étude repose sur des analyses d'œuvres littéraires, sur des rencontres avec des adolescents au sujet de cette littérature d'autant plus singulière qu'elle leur est destinée, sur un "dialogue-réflexion" avec des écrivains.

 

Un ouvrage indispensable pour mieux comprendre les enjeux de cette littérature.

Un outil à l'attention des médiateurs du livre.

 

 

Mon avis :

Les livres traitant de la littérature ado sont assez rares pour être remarqués.

Celui-ci l'est d'autant plus qu'il est particulièrement intéressant.

Annie Rolland, psychologue clinicienne et docteur en psychologie clinique et pathologique, nous fait découvrir l'adolescent au travers de ses lectures.

Découpé en six grands chapitres, il fait la part belle à la psychologie des adolescents et à la démonstration de l'inutilité de la censure portant sur la littérature qui leur est adressée.

Dans le premier chapitre, Qui a peur de la littérature ado ?, elle propose de traiter la littérature de jeunesse comme objet psychologique, explique les mécanismes psycho-pathologiques de la censure. J'ai particulièrement apprécié le passage traitant de Peter Pan vu par Régis Loisel.

Dans le suivant, elle traite surtout de la psychologie de l'adolescent ; celle de son corps, de son esprit, de sa vie, de l'amour... Elle explique particulièrement bien le fait que l'adolescent, être de langage, ne se satisfait pas d'un dialogue tissé par les non-dits et la peur. En cela, la littérature adolescente peut leur permettre d'aborder les sujets qui les préoccupent.

Dans le troisième chapitre, Le visage étrangement inquiétant de la censure, elle démontre que, sous prétexte de dangerosité de la lecture, la censure peut devenir totalitaire, inquisitrice... Elle met en lumière les contradictions de ces censeurs despotiques. Elle rappelle que les non-dits, la mise au secret des drames qui concernent l'humanité ne peuvent être envisagés sereinement d'un point de vue psychologique, qu'en faire mystère expose dangereusement les enfants les rendant plus vulnérables face aux vicissitudes de la vie du fait de leur ignorance.

Le chapitre suivant donne la parole aux adolescents et démontre la justesse de l'analyse de l'auteur sur la littérature adolescente.

Puis c'est le tour des écrivains de prendre la parole. Avec un passage captivant sur l'auteur Melvin Burgess, si souvent décrié.

Enfin, dans le dernier chapitre, l'auteure s'intéresse à la place de la violence dans la littérature pour la jeunesse à travers deux romans suédois.

Elle conclue ainsi, entre autre : "Même si parfois nous parlons du bonheur que nous avons eu à lire un livre, la littérature n'a pas pour vocation de rendre heureux. Ce travail achevé, je suis en mesure d'affirmer qu'elle ne possède pas non plus le pouvoir de rendre malheureux, encore moins de provoquer un irréparable cataclysme psychique".

 

Je ne vais pas m'étendre plus longtemps sur ce passionnant essai que j'ai dégusté de bout en bout ; mais il faut dire aussi que l'auteure prêchait une convaincue !

 

Un livre indispensable pour qui s'intéresse à la littérature ado et aux adolescents eux-mêmes.

 

"Un adulte qui reçoit ne serait-ce qu'une seule question de la part d'un adolescent après la lecture d'un livre peut se féliciter d'avoir semé la graine de l'élaboration psychique. C'est le privilège des enseignants, c'est souvent le cas pour les documentalistes et bibliothécaires, et parfois le rôle du libraire. Qu'ils en soient fiers dans tous les cas."

 

 

Ma note :

 

 

 

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Publié dans Challenges

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